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Écologie & Énergie

Taxonomie de l’UE, CSRD et ESRS : guide pratique pour démêler les règles européennes de reporting en matière de durabilité

Élise Malécot-Bourdelle 5 min de lecture

Publié par : — Rédactrice spécialisée en écologie & Énergie

Trois acronymes, un casse-tête. Demandez à dix responsables comment s’articulent la Taxonomie de l’UE, la CSRD et les ESRS, et vous obtiendrez dix réponses différentes. Les spécialistes du conseil en durabilité et ESG sont confrontés à cette confusion au quotidien. La bonne nouvelle, c’est que leurs rôles respectifs sont plus simples à comprendre qu’il n’y paraît.

Le rôle de chaque élément en une phrase

Imaginez une pièce de théâtre. La loi fixe les obligations, les normes donnent les indications de mise en scène et la taxonomie est le dictionnaire qui définit ce qui peut être qualifié de scène « verte ».

  • La CSRD est la loi. Elle détermine quelles entreprises doivent publier des informations en matière de durabilité et exige que ces informations fassent l’objet d’une certification par un tiers indépendant.
  • Les ESRS sont les normes. Elles précisent exactement quelles informations doivent être publiées et comment les différents sujets doivent être structurés.
  • La Taxonomie de l’UE est le système de classification. Elle définit les activités économiques qui peuvent être considérées comme écologiquement durables.

Les confondre, c’est comme mélanger une recette, un livre de cuisine et une étiquette alimentaire. Chacun a son importance, mais aucun ne remplace les autres.

Le point de rencontre des trois

C’est dans le rapport que les trois se rejoignent. Une entreprise soumise à la CSRD s’appuie sur les ESRS pour organiser ses informations publiées. Les informations relatives à la Taxonomie indiquent, quant à elles, dans quelle mesure ses activités relèvent de cette classification. Le lien entre ces éléments repose sur l’évaluation de la matérialité et sur la qualité des éléments probants qui la fondent. Une entreprise peut connaître chaque article par cœur et pourtant échouer si ses chiffres ne peuvent pas être retracés, vérifiés et expliqués à un lecteur extérieur.

La double matérialité est au cœur de cette démarche. Les entreprises évaluent d’une part leurs incidences sur les personnes et l’environnement, d’autre part les risques et opportunités financiers que les enjeux de durabilité représentent pour elles. Une participante a décrit la formation Covere2 qu’elle avait suivie sur ce sujet comme un fil conducteur : de l’évaluation aux incidences, risques et opportunités, jusqu’à la mobilisation des parties prenantes. Selon elle, cette approche a rendu le processus CSRD suffisamment clair pour qu’elle puisse l’expliquer à sa responsable.

Les erreurs qui font perdre des mois

Les équipes qui découvrent le sujet perdent souvent du temps aux mêmes étapes :

  1. Commencer à collecter des données avant d’avoir déterminé les sujets matériels.
  2. Traiter les normes comme un questionnaire, au lieu de les comprendre comme un enchaînement logique.
  3. Confier l’ensemble du projet à un seul service.
  4. Choisir une plateforme avant d’avoir réalisé une analyse des écarts.
  5. Supposer que le format d’un rapport antérieur conviendra aux nouvelles exigences.

Toutes ces erreurs ont la même origine : l’étape de l’évaluation a été sautée. Une démarche solide va de l’analyse des écarts à l’identification et à la collecte des données, puis au choix de la plateforme, à la préparation du rapport, à l’audit et à la publication. Chaque étape alimente la suivante. Les conseillers expérimentés recommandent de commencer par l’analyse des écarts, car elle révèle ce qui existe déjà, ce qui manque et ce que l’organisation peut raisonnablement fournir.

Les règles qui encadrent les règles

La CSRD et les normes qui l’accompagnent ne constituent qu’une partie d’un cadre plus vaste. Le droit de la consommation se durcit lui aussi : la directive ECGT (UE) 2024/825 s’applique depuis le 27 septembre 2026 et restreint les allégations écologiques vagues dans les communications commerciales. En France, Volvic a déjà été condamnée en première instance pour pratiques commerciales trompeuses (Danone a fait appel) : la preuve que ces allégations font l’objet de contrôles bien réels.

D’autres cadres continuent d’émerger. Le règlement CRCF (UE) 2024/3012 établit un cadre volontaire de l’UE pour la certification des absorptions de carbone, du stockage du carbone dans les produits et des activités d’agriculture du carbone. Enfin, la proposition de règlement sur les marchés publics, présentée par la Commission le 9 septembre 2026, fusionnerait les trois directives actuelles en un texte unique, pour un marché représentant environ 15 % du PIB de l’UE.

Pour y voir plus clair

Une carte mentale claire est plus utile que la mémorisation d’articles et d’annexes. Commencez par la loi pour savoir qui doit publier des informations, appuyez-vous sur les normes pour déterminer lesquelles, utilisez la classification pour savoir comment les activités sont qualifiées, et étayez l’ensemble par des données primaires vérifiées.

C’est précisément sur cette dernière couche que Covere2 met l’accent, en privilégiant des approches scientifiques et des méthodologies transparentes plutôt que des moyennes génériques. L’objectif n’est pas de produire un rapport plus volumineux, mais un rapport utile : le reporting n’apporte une réelle valeur que lorsqu’il transforme les données en actions qui orientent l’entreprise vers des activités à impact net positif. Quel que soit l’acronyme du moment, des données fiables et une démarche structurée restent les seuls fondements durables sur lesquels s’appuyer.

Élise Malécot-Bourdelle
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