Écologie & Énergie

Baisse de l’électricité : pourquoi 0,62 % ne change pas la facture de la même façon partout

Élise Malécot-Bourdelle 9 min de lecture

La baisse de l’électricité est réelle, mais son effet sur la facture varie beaucoup. Entre le prix du kWh, l’abonnement, les taxes, les coûts de réseau et l’option tarifaire choisie, une baisse annoncée peut produire un résultat très différent d’un foyer à l’autre. L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir si le tarif baisse, mais de comprendre quelle partie de votre facture est réellement concernée.

Ce qui baisse vraiment dans le prix de l’électricité

Le repère le plus suivi reste le tarif réglementé de vente d’électricité, aussi appelé Tarif Bleu lorsqu’il est commercialisé par EDF. Il sert de référence à de nombreux particuliers, y compris pour comparer certaines offres de marché. Son évolution est proposée par la Commission de régulation de l’énergie, puis encadrée par décision publique.

D’après ENGIE, le prix du kWh TTC au tarif réglementé en option Base est de 0,1940 € / kWh TTC. En option heures pleines / heures creuses, les repères indiqués sont de 0,2065 € / kWh TTC en heures pleines et 0,1579 € / kWh TTC en heures creuses. Ces chiffres sont utiles, mais ils ne suffisent pas à eux seuls à prévoir votre facture mensuelle, car ils ne comprennent pas l’effet de l’abonnement ni la manière dont vous répartissez votre consommation.

Option tarifaire Prix du kWh TTC indiqué Ce que cela signifie concrètement
Base 0,1940 € / kWh TTC Un seul prix du kWh, quelle que soit l’heure de consommation.
Heures pleines 0,2065 € / kWh TTC Un prix plus élevé pendant les plages de forte demande.
Heures creuses 0,1579 € / kWh TTC Un prix plus bas si une part suffisante des usages est décalée.

Les évolutions récentes montrent aussi que toutes les baisses n’ont pas la même ampleur. ENGIE évoque une baisse approximative de 15 % en février 2025, puis une baisse supplémentaire de 3 % en août 2025, avant une baisse de 0,62 % en février 2026. Energie-info.fr mentionne de son côté une baisse moyenne proposée de 0,8 % au 1er février 2026, avec un arrêté ministériel daté du 28 janvier 2026. L’écart apparent vient souvent du périmètre retenu : tarif moyen, option choisie, taxes incluses ou évolution d’une composante précise.

Pourquoi la baisse peut sembler faible sur la facture

Le prix du marché ne fait pas toute la facture

Quand les coûts d’approvisionnement diminuent, on pourrait s’attendre à une baisse équivalente de la facture. En pratique, le prix payé par le client final comprend plusieurs couches : l’énergie elle-même, l’acheminement sur le réseau, les taxes et contributions, puis l’abonnement. La baisse des coûts d’approvisionnement peut donc être partiellement neutralisée par d’autres postes qui restent stables ou progressent.

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Le TURPE, par exemple, finance l’utilisation des réseaux électriques. Il ne dépend pas directement de votre fournisseur : il sert à couvrir l’acheminement de l’électricité via les infrastructures. À cela s’ajoutent l’accise, la CTA et la TVA. Ces éléments expliquent pourquoi une baisse visible dans les annonces nationales peut devenir beaucoup plus discrète sur une mensualité.

Abonnement et kWh : deux lignes à lire séparément

La facture d’électricité mélange une part fixe et une part variable. La part fixe correspond à l’abonnement, généralement lié à la puissance souscrite et à l’option tarifaire. La part variable dépend du nombre de kWh consommés. Une baisse du prix du kWh agit surtout sur cette seconde partie. Si votre consommation est faible, ou si votre abonnement pèse lourd dans votre facture totale, l’économie ressentie sera mécaniquement limitée.

C’est aussi pour cette raison qu’une baisse exprimée en pourcentage ne raconte pas toute l’histoire. Une baisse moyenne de quelques dixièmes de point peut représenter peu d’euros sur l’année pour un petit logement, mais davantage pour une maison chauffée à l’électricité. Energie-info.fr évoque par exemple une baisse concrète de 2 € TTC par MWh, soit environ 9 € d’économies annuelles pour une consommation de 4,5 MWh.

Quel impact selon votre consommation et votre option ?

Un même pourcentage, trois effets possibles

La baisse de l’électricité ne se répartit pas de manière uniforme. Un foyer en option Base, qui consomme régulièrement tout au long de la journée, verra l’effet dépendre surtout de son volume annuel de kWh. Un foyer en heures pleines / heures creuses devra regarder la part réellement consommée pendant les heures creuses. Quant à l’option Tempo, elle répond à une logique différente, avec des jours et des plages tarifaires plus contrastés.

ENGIE utilise l’exemple d’un foyer consommant 4 000 kWh/an et mentionne une diminution annuelle estimée de facture hors abonnement de 230,40 € dans le cadre de la baisse approximative de 15 %. Cet ordre de grandeur montre bien que les économies deviennent visibles lorsque la baisse est importante et que le volume consommé est significatif. À l’inverse, une baisse moyenne de 0,62 % ou 0,8 % aura un effet beaucoup plus modeste.

Profil de foyer Ce qui influence le plus l’économie Point de vigilance
Petit appartement peu chauffé à l’électricité Poids de l’abonnement dans la facture totale La baisse du kWh peut être peu visible mensuellement.
Logement avec chauffage électrique Volume annuel de kWh consommés L’économie dépend fortement de la saison et de l’isolation.
Foyer en heures pleines / heures creuses Part de consommation réellement déplacée la nuit ou le week-end L’option n’est intéressante que si les usages sont adaptés.
Client Tempo Capacité à réduire les usages les jours chers Energie-info.fr mentionne une hausse moyenne de 6 % pour Tempo.
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Le bon réflexe : raisonner en euros, pas seulement en pourcentage

Pour savoir si la baisse change quelque chose pour vous, partez de votre consommation annuelle en kWh, indiquée sur votre facture ou dans votre espace client. Multipliez ensuite cette consommation par l’écart de prix du kWh, puis ajoutez l’effet éventuel de l’abonnement. C’est cette approche qui permet de passer d’une annonce nationale à une estimation personnelle.

Une option tarifaire oriente vos usages. Si votre contrat vous pousse à déplacer le ballon d’eau chaude, la recharge d’un véhicule ou les lessives vers les heures creuses, il peut rendre une baisse plus utile. Si vos usages restent concentrés aux heures pleines, le même contrat devient moins intéressant pour votre budget.

Base, heures creuses, Tempo : choisir l’option qui rend la baisse utile

Option Base : la simplicité avant l’optimisation

L’option Base convient aux foyers qui veulent un prix unique du kWh et qui ne peuvent pas facilement décaler leurs consommations. Elle est lisible, stable dans son fonctionnement et souvent adaptée aux petits consommateurs. Son principal avantage est la simplicité : pas besoin de surveiller les plages horaires pour lancer un appareil énergivore.

En revanche, elle limite les leviers d’optimisation. Si vous disposez d’un ballon d’eau chaude programmable, d’une voiture électrique ou d’appareils pouvant fonctionner la nuit, l’option heures pleines / heures creuses mérite d’être testée. La comparaison doit toujours intégrer l’abonnement, car il peut être plus élevé selon l’option choisie.

Heures pleines / heures creuses : rentable seulement avec de vrais usages décalés

Energie-info.fr rappelle qu’il faut consommer environ un quart de son électricité en heures creuses pour que l’option HPHC devienne intéressante. Ce seuil est un repère pratique : si vous ne savez pas quand vous consommez, il est risqué de choisir cette option uniquement parce que le prix des heures creuses semble attractif.

Les usages les plus faciles à déplacer sont le chauffe-eau, le lave-linge, le lave-vaisselle, la recharge d’une batterie domestique ou d’un véhicule électrique. À l’inverse, le chauffage, la cuisson et le télétravail en journée restent souvent liés aux heures pleines. La baisse du prix de l’électricité sera donc plus ou moins efficace selon votre capacité réelle à piloter ces usages.

Tempo : puissant, mais plus exigeant

L’option Tempo peut être intéressante pour les foyers capables de réduire fortement leur consommation pendant les jours les plus chers. Elle demande toutefois une vraie discipline : suivre les couleurs des jours, anticiper les usages et disposer éventuellement d’un chauffage alternatif. Ce n’est pas une option à choisir uniquement parce qu’elle promet des prix attractifs à certains moments.

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Le fait qu’Energie-info.fr mentionne une hausse moyenne de 6 % pour Tempo rappelle une idée essentielle : une baisse générale ne profite pas automatiquement à toutes les options. Avant de changer, il faut comparer votre historique de consommation avec les règles précises de l’option envisagée.

Comparer son offre et agir sans se tromper

La première action utile consiste à vérifier votre prix du kWh TTC, votre abonnement, votre option tarifaire et votre consommation annuelle. Ces quatre informations suffisent déjà à comprendre si la baisse annoncée peut être visible sur votre facture. Si vous êtes mensualisé, gardez aussi en tête que la baisse peut apparaître avec retard, au moment de la régularisation.

Pour comparer une offre de marché avec le tarif réglementé, utilisez de préférence le comparateur du médiateur national de l’énergie. Il permet de rapprocher les offres sur une base plus objective, en tenant compte du profil de consommation. Vous pouvez aussi consulter les informations publiées par energie-info.fr pour suivre les évolutions du tarif réglementé, des taxes et des options.

  • Regardez le prix du kWh TTC, mais ne vous arrêtez pas à cette ligne.
  • Comparez l’abonnement annuel, surtout si votre consommation est faible.
  • Vérifiez la durée de validité du prix : fixe, indexé ou librement révisable.
  • Analysez vos heures de consommation avant de choisir HPHC ou Tempo.
  • Surveillez la régularisation si vos mensualités ne changent pas immédiatement.

La baisse de l’électricité peut donc soulager le budget, mais son effet dépend de votre contrat autant que du tarif national. Le bon réflexe consiste à traduire chaque annonce en euros sur votre propre consommation, puis à vérifier si votre option tarifaire correspond encore à vos habitudes. C’est souvent là, plus que dans la baisse elle-même, que se trouve la vraie marge d’économie.

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